1916 - La bataille de la Somme

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La visite de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne et du Circuit du souvenir est l’occasion pour les élèves de 3è4 de proposer une étude sur la bataille de la Somme. Entre juillet et novembre 1916, les combats y opposent des soldats d’une vingtaine de nations. Tous belligérants confondus, cette bataille fait 1 200 000 morts, blessés et disparus. La Somme est ainsi un lieu de mémoire pour de nombreux peuples.

Ferdinand Foch
C’est au mois de décembre 1915, au cours de réunions tenues à Chantilly sous la présidence du général Joffre, que la décision est prise d’une offensive générale « sur tous les fronts », au milieu de l’année 1916. En ce qui concerne le front de France, la tâche revient aux Anglais et aux Français. La date choisie est le 1er juillet ; l’emplacement déterminé est le front de Picardie, sur environ 70 kilomètres. Le but, une fois encore, est la « percée » du front ennemi. Pour les Français, c’est le général Ferdinand Foch qui mènera l’affaire avec trois Armées (une quarantaine de divisions) ; du côté anglais, le général Douglas Haig, successeur du maréchal French, disposera de deux Armées.

L’offensive allemande sur Verdun en février 1916 aurait pu faire abandonner ces projets. Le général Joseph Joffre parvient pourtant à faire maintenir le principe de l’offensive, quitte à en modifier légèrement l’objectif et le plan. Il ne s’agit plus, essentiellement, d’une percée du front ennemi ; il s’agit désormais de dégager la vieille citadelle de la Meuse en usant l’adversaire dans la Somme. Certes, on enlève au général Foch, au fur et à mesure des besoins pour Verdun, plus des deux tiers des forces qui lui avaient été primitivement assignées ; mais les préparatifs se poursuivent de mars à juin. A l’arrière, particulièrement dans les milieux politiques, on crie au scandale. Savoir que des divisions « se reposent » tranquillement dans la Somme, tandis que tant de dangers menacent Verdun et que tant de soldats y sont broyés, reste incompréhensible.

Char anglais Mark I Male - 25 septembre 1916
Une intense préparation d’artillerie lancée le 24 juin déverse 1,5 million d’obus sur un front de 25 km. À l’image de la bataille de Verdun, l’allongement des combats entre juillet et novembre 1916 fait émerger une guerre d’une nouvelle nature où la "bataille" n’a plus ni fin, ni résultat précis. Elle se résume à une série d’opérations préparatoires à une bataille qui, de fait, n’aura pas lieu. L’affrontement sur la Somme voit l’étagement d’opérations menées cinq mois durant, prolongées par des combats sporadiques et sans enjeu stratégique après novembre 1916. En fait, les Alliés n’avaient pas imaginé que les Allemands puissent concevoir progressivement des lignes de défense nouvelles, résistant aux assauts successifs durant cinq mois.

La bataille de la Somme se solde ainsi par une courte progression (12 km environ pour les Anglais, 5 à 8 km pour les Français) au prix de pertes effroyables. Et pourtant, dans notre mémoire, la Somme est relativement absente.

Sofia B. - Flore C. - Léa F.

La basilique de Notre-Dame de Brebières d’Albert, baptisée la "Lourdes du Nord" par le pape Léon XIII, est un haut lieu de pèlerinage. Surmontée d’un clocher de 70 mètres, elle est couronnée par un dôme portant une Vierge dorée qui présente l’Enfant-Jésus dont les bras forment une croix. Dès 1915, cette statue va symboliser la folie et la destruction de la guerre pour les centaines de milliers de soldats australiens en chemin pour les dangers du front.

Notre-Dame de Brebières

Au début de la Première Guerre mondiale, en 1915, un obus allemand frappe le dôme soutenant la statue. Celle-ci vacille, s’incline mais reste finalement suspendue en un équilibre improbable. La statue penchée acquiert le surnom de "Notre-Dame de Travers" ou, pour les Australiens, de "Fanny Durack", du nom d’une célèbre championne de natation australienne. Une photographie est prise et des cartes postales de ce fameux site sont envoyées en masse par les soldats à leurs familles, lui assurant une célébrité planétaire.

Fresque de la Vierge abattue
Cet événement donne naissance à une prédiction : "quand la Vierge tombera, la guerre finira". C’est finalement en avril 1918 que la Vierge est renversée par l’artillerie britannique, quelques mois avant l’armistice. La statue elle-même n’est pas retrouvée : elle aurait peut-être été envoyée en Allemagne pour y être fondue. Une réplique est ré-installée lors de la reconstruction de l’édifice de 1927 à 1929.

Minkuyn K. - Rayan R.

Le site de Beaumont-Hamel, situé à 9 km au nord de la ville d’Albert, est le plus imposant des cinq lieux de commémoration érigés en France et en Belgique en hommage aux exploits du 1er bataillon du Royal Newfoundland Regiment. Inauguré en 1925, le site, rétrocédé au Canada, s’étend sur 30 hectares et présente les stigmates de la bataille de la Somme.

Caribou des Terre-Neuviens

Sur un monticule, entouré de pierres et d’arbustes indigènes de Terre-Neuve, se dresse le bronze d’un fier caribou, l’emblème du Régiment. La sculpture fait face aux anciennes positions allemandes, surplombant les tranchées et le terrain que le bataillon a franchis le 1er juillet 1916. Sur trois plaques de bronze à la base du monticule sont inscrits les noms de 820 soldats qui n’ont pas de tombe connue.

Vestiges de tranchées

Le site est l’un des rares endroits, en France ou en Belgique, où il est possible de voir les lignes des tranchées d’un champ de bataille de la Première Guerre mondiale et le terrain avoisinant. On imagine facilement les difficultés et les risques liés au fait d’attaquer des défenses solides et tenues énergiquement sur un tel terrain et à certains aspects de la vie des tranchées. On remarquera le tracé en zig-zag, pour limiter les pertes que causeraient des tirs ou des bombardements en enfilade.

Le 10 avril 1997, la ministre du Patrimoine canadien Sheila Copps a accordé officiellement la désignation de lieu historique national canadien au Parc et monuments commémoratifs de Terre-Neuve à Beaumont-Hamel : les pertes essuyées par les Terre-Neuviens au cours de cette guerre ont en effet eu beaucoup de répercussions sur la colonie.

Louis C. - Julien de C. - Thibault D. - Paul P.

Au nord d’Albert, sur le site de La Boisselle, le Lochnagar Crater est un des vestiges de la bataille de la Somme. Ce gigantesque trou de 100 mètres de largeur et de 30 mètres de profondeur rappelle les sombres heures vécues par les soldats le 1er juillet 1916...

Cratère de La Boisselle

Peu après le lever du jour, un véritable cataclysme débute : une série de fourneaux de mines destinés à rompre la première ligne allemande explosent simultanément. Cet enchaînement de déflagrations marque le commencement d’un long et terrible combat qui fit 20 000 tués sur 58 000 hommes, l’équivalent de plus d’un soldat sur trois.

Quelques jours avant la bataille, les mineurs gallois du 9e Cheshires creusent un tunnel allant jusqu’aux lignes allemandes. Là, à 16 mètres de profondeur, ils disposent 27 tonnes d’explosifs. La mise à feu a lieu le 1er juillet à 7h28 précises, 2 minutes avant le début de la bataille de la Somme. La colonne de terre s’élève à 1 200 mètres de hauteur, formant cet énorme entonnoir.

Le Lochnagar Crater est le seul à être aussi bien conservé et surtout le seul à être ouvert au public. Ceci a été rendu possible par son propriétaire Richard Dunning qui vit dans le Surrey, en Grande-Bretagne. Chaque 1er juillet à 7h30, il y organise une cérémonie commémorative qui débute par un coup de canon rappelant celui qui a déclenché la bataille de la Somme. On dépose dans le cratère des couronnes de coquelicots, fleur qui était le symbole des divisions britanniques pendant la Première Guerre mondiale.

Ophélie B. - Sophie C. - Diane M.

La commune de Thiepval a été l’un des principaux théâtres de la bataille de la Somme, dont les pertes humaines ont été considérables. Elle compte aujourd’hui sur son sol le plus emblématique et le plus important des mémoriaux britanniques au monde, avec plus de 160 000 visiteurs qui viennent s’y recueillir chaque année. Le "Mémorial to the Missing" a été inauguré le 31 juillet 1932 par le Prince de Galles, en présence du président de la République Albert Lebrun.

Mémorial de Thiepval

Erigé en 1932 par le gouvernement britannique, le Mémorial de la Somme est dédié aux plus de 73 000 combattants britanniques et sud-africains disparus entre juillet 1915 et mars 1918, et qui n’ont pas de sépultures connues. Conçu par l’architecte Sir Edwin Lutyens, le mémorial se distingue par ses dimensions et sa monumentalité. L’arc du souvenir, d’une hauteur de 45 mètres, repose sur 16 piliers. Les listes de patronymes sont gravées sur la pierre blanche de Portland et surmontées de couronnes de lauriers portant le nom des lieux de bataille dans la Somme.
Cimetières anglais et français de Thiepval - Croix du Sacrifice
En contrebas du mémorial, face à la vallée, le cimetière franco-britannique héberge 300 tombes britanniques et 300 tombes françaises de soldats inconnus pour illustrer le sacrifice équivalent des deux nations. Ce cimetière militaire témoigne des principes de commémorations britanniques : noms gravés sur une stèle ou un monument, uniformité des stèles et absence de toute distinction entre les morts, quels que soient leur grade militaire, leur rang social, ou leur religion. La Croix du Sacrifice, fixée sur une base octogonale, porte sur sa flèche une épée de bronze. Enfin, la Pierre du Souvenir porte l’inscription tirée du livre de l’Ecclésiaste : "Leur Nom vivra à jamais" (Their Name Liveth for Evermore).

Nicolas F. - Yann P. - Anthony T.

Parmi les différentes formes empruntées par le tourisme de mémoire, la visite des cimetières militaires occupe une place particulière. Un long voyage entrepris pour retrouver la tombe d’un lointain aïeul ou un simple instant passé au-dessus de la sépulture d’un jeune inconnu demeurent pour beaucoup une expérience singulière.

Le département de la Somme accueille sur son sol 410 cimetières britanniques, 19 allemands et 14 français. Ces lieux témoignent des tentatives des sociétés, au sortir de la guerre, de faire face à un deuil de masse. Chaque nation adopte pour ses cimetières des caractéristiques propres qui les rendent aisément reconnaissables.

Les cimetières français gérés par le Ministère de la Défense se distinguent par leurs croix blanches et le mat où flotte le drapeau français. Ils comportent toujours un ossuaire. Les cimetières allemands sont identifiables à leurs croix noires (en fonte ou en pierre), le plus souvent au milieu d’un parc arboré.
Stèles britanniques - Thiepval
La présence nombreuse de cimetières britanniques résulte de la volonté d’inhumer les corps le plus proche possible de l’endroit où les combattants ont été tués. Il n’y a donc eu que peu de regroupements au sein de vastes nécropoles, contrairement aux pratiques française et allemande. Les stèles des soldats britanniques sont constituées de pierres blanches au sommet arrondi, accompagnées de la « Croix du sacrifice » (Cross of Sacrifice), lorsque le cimetière se compose de plus de 40 sépultures, et de la « Pierre du souvenir » (Stone of Remembrance), lorsqu’il regroupe plus de 1 000 sépultures.

Paul B. - Pierrick Le R. - Yann P.

Le deuil immense de la Grande Guerre a déterminé les communes - mêmes les plus modestes - à rendre hommage à leurs enfants morts pour la Patrie. Et pour la première fois, cet hommage s’adresse aux soldats nommément, et pas seulement à leurs chefs. Souvent dédaigné, le monument aux morts de nos communes mérite bien un instant d’attention.

Si, en France, l’idée de "monuments aux morts" date de la guerre de 1870, rien n’a égalé ce qui est fait après la Première Guerre mondiale. Un élan collectif des citoyens a pour conséquence un phénomène sans précédent dans l’histoire du monument public : près de 36 000 monuments sont édifiés dans les années 1920-1925, à l’initiative des conseils municipaux, avec une aide modique de l’Etat. Pourtant, si cet hommage représente un gros sacrifice, nul ne songe à s’en plaindre tant le désir d’exprimer sa gratitude est fort.

Ces monuments sont d’une extrême diversité, mais beaucoup sont achetés sur catalogue. Leur inspiration est souvent patriotique, rarement antimilitariste. Leurs formes et symboles sont également variés : certains traduisent le deuil et l’affliction ; d’autres dénoncent les horreurs de la guerre.

La Picarde maudissant la guerre
C’est dans ce dernier groupe que se range la célèbre "Picarde maudissant la guerre" visible à Péronne. "Ce monument devra exprimer le souvenir douloureux et glorieux de nos Morts victorieux", précise le programme du concours, remporté par le sculpteur Paul Auban. Il réalise une femme de pierre penchée sur un cadavre et tendant son poing vengeur en direction d’invisibles ennemis. Une colonne brisée derrière elle symbolise les destructions volontaires de l’armée allemande. Le message est ambigu : cette femme s’adresse-t-elle aux Allemands qui lui ont pris son fils (ou son époux) ou maudit-elle la guerre ? L’ensemble est inauguré le 20 juin 1926.

Clémence H. - Esther L-M.

L’expérience de la guerre a bouleversé de nombreux artistes à l’image d’Otto Dix. Engagé volontaire au début du conflit, nationaliste exalté comme une grande partie de la jeunesse de son pays, il découvre rapidement l’horreur et la souffrance et cherchera toute sa vie à l’exprimer par sa peinture.

Otto Dix est né en 1891 en Allemagne. Il fait ses études à l’école des Arts décoratifs de Dresde de 1909 à 1914. Quand la guerre éclate, il s’engage comme volontaire dans l’artillerie de campagne (pour faire l’expérience de la peur et de la mort). L’année suivante, il reçoit une formation de mitrailleur et participe à de nombreuses campagnes en Champagne, dans la Somme ou en Russie.

La guerre devient donc un des grands thèmes obsessionnels de Dix et elle a marqué toute son oeuvre. “J’ai bien étudié la guerre. Il faut la représenter d’une manière réaliste pour qu’elle soit comprise. L’artiste travaillera pour que les autres voient comment une chose pareille a existé. J’ai avant tout représenté les suites terrifiantes de la guerre. Je crois que personne d’autre n’a vu comme moi la réalité de cette guerre, les déchirements, les blessures, la douleur.” (Dix)

Il a consacré à la Première Guerre mondiale un nombre considérable de dessins, gravures et peintures. En 1924, il réalise un cycle de gravures à l’eau-forte - visibles à l’Historial - qui évoquent par leur force d’expression certaines images de Jacques Callot et de Goya.
Otto Dix "L'Assaut"
Otto Dix "La tranchée"
Maëlle G. - Sophie H. - Clémence K.

Remerciements à Mme Bourdallé, auteure des photographies.